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Charlotte Durif

27/06/2007 - Lu 939 fois
La future Star de l'escalade mondiale! Comment ça j'exagère?
Ta fiche d’identité
Nom : DURIF
Prénom : Charlotte
Surnom : Nenette , Cha
Age : 16 ans
Nationalité : France

Tes plus belles croix en falaise
Elles sont trop nombreuses pour que je cite toutes celles qui m’ont émue ou émoustillée.
La plus récente est « Tête de gondole » au « Boffi » sur les hauteurs de Millau. La ligne est un bijou. Elle engage une gestuelle variée, exigeante, suffisamment rési sans que le physique absorbe tout. La nature nous offre là une provocation audacieuse à l’esthétique envoûtante. Il faut la vivre au ralenti jusqu’à ce qu’elle nous accepte. La ligne est exceptionnelle et s’impose à la vue de tous les causses environnants.

Tes meilleurs résultats en compétition

2007
Championne de France cadette de diff et de bloc
3e au championnat de France Senior de diff et de bloc
4e  WC de Zurich
1ière au master "internationaux de Serre chevalier"

2006
Championne d’Europe senior à Ekaterinburg (Russie),
Championne du monde espoir à Imst (cadette-Autriche)
Championne de France cadette de difficulté
Vice championne de France de difficulté Senior
3e au master « internationaux de Serre chevalier et d’Arco »

2005
championne du monde espoir à Pékin (minime-chine)
double championne de France minime de difficulté et de bloc

2004
championne du monde espoir à Edinburgh (minime-Ecosse)


Quand, comment et avec qui as-tu commencé l’escalade ? Tes parents t’ont-ils influencés ? Etaient-ils dans le milieu ?

Ma première approche de l’escalade s’est faite avec mon frèrot et papa en alpinisme, alors que j’était encore très jeune ( 8 ans). Et puis petit à petit, mon frère et moi nous nous sommes intéressés à l’escalade plus sportive en faisant de la falaise. Nous nous sommes inscrits dans un club. Papa a eu un énorme vécu d’alpinisme avant de s’intéresser à d’autres pratiques sportives, et c’est évidemment lui qui nous a influencé mon frère et moi. Nous sommes rentré par la grande porte dans cette aventure, en bivouaquant sur les glaciers et nous confrontant à de grandes faces.


Pourquoi ce sport et pas un autre ?

Etant plus jeune, j’ai testé la GRS (gymnastique rythmique et sportive) pendant 3 ans en et tous les ans j’ai fait les mêmes gestes, les mêmes enchaînements. Au final j’ai arrêté et je ne me suis consacré qu’à l’escalade. Je pense qu’elle a la qualité d’être toujours diversifiée, tant par l’approche (résine, falaise, bloc, couenne, grande voie, …), que par la créativités des mouvements et les sensations qui s’en déduisent. Je pratique également d’autres activités de nature le canyon, le snowboard, le raid hivernal en peaux.

A tes débuts en escalade, plutôt falaise ou compétitions ?

Plutôt falaise, car à mes débuts, je n’avais pas encore accès à la compétition. Néanmoins, après mes premières compets, les TOP des p’tits grimpeurs de Tarbes et Grabels en 2000, j’ai été tellement charmée par l’ambiance que ça m’a vraiment motivé à continuer. J’ai donc  suivis le circuit du TOP jusqu’au bout.
Il reste que la nature étant bien plus improbable et imaginative que le plus affûté des ouvreurs, je préfère la falaise.


Que signifie la catégorie senior pour toi ? Va-t-on encore te voir sur le circuit des compèts ?

Grimper dans son coin aux tréfonds d’un bout du monde est peut-être une fin en soi, mais à chacun de mes seuils de performance je me suis demandé, malgré mon application à bien faire, si une autre (ou un autre en contest) n’aurait pas plus simplement ou plus justement solutionné une difficulté. C’est cette approche, relative à l’autre, qui m’intéresse dans la compétition.
En Senior, j’ai découvert l’émotion d’être à 1m du sol, au son de la marseillaise. Cela ressemble à ce que l’on voit à la télé… Ceci dit, cette petite griserie n’élève guère plus haut qu’à 1m du sol.
Quant aux compétitions nationales, elles ont contribuées à ce que je pratique actuellement. Alors merci aux organisateurs. Tenez la distance, même si vous êtes tenté parfois de « délayer ». Les plus grands Opens ont su inviter les très jeunes, alors je serai encore présente à chaque fois que me le permettra mon calendrier.


Ton but en compétition?

Diversifier ma progression… Et la question qui s’en déduit devrait être : progresser vers quoi ?
Certains prennent le melon (et plus) pour une place de podium ou une grosse perf. Alors que cette discipline a ceci d’extraordinaire que le but n’est pas une fin en soi. Quelle que soit son niveau de performance, la croix d’un jour est remise en cause dans la voie suivante. Il en va de même en compétition. Alors il reste quoi lorsque personne ne se retourne sur toi dans la rue ? Il reste que la compét ou la falaise sont des fils directeurs dans ma vie et si il doit m’en rester quelque chose, c’est l’émotion qu’a pu m’apporter leur esthétique et la manière de les vivre. Ce souvenir-là m’importe, pas la croix elle-même ou le podium.


As-tu des entraînements spécifiques ? Combien de fois par semaine grimpes-tu ?

En semaine, je me fixe deux entraînements à objectifs sur mur et un entraînement spécifique physique. Les WE, falaise ou salle selon la saison.
Quant à leurs contenus, tu ne m’en voudras pas de cultiver dans mon coin toutes les différences qui ne conduisent pas aux mêmes effets.


Que fais-tu une ou deux semaines avant ?

Je grimpe avec la même motivation, tout simplement et je me confronte à des murs référents pour diversifier les voies difficiles.


Que t’apporte le pôle France...?


N’étant pas au pôle France, je ne participe qu’aux stages Espoir et Senior. Je profite de la qualité des ouvertures qui nous sont proposées. Cela diversifie mes terrains de jeu et me permet de faire un point de situation. Je valide bon nombre des aspects de mes entraînements et tire des orientations pour les suivants.


Meilleur souvenir en compétition ?


Il y en a tellement !
En 2004, à Edinburgh. J’avais gagné les championnats du Monde minimes après un sans faute. Cette année-là, tous les titres féminins ont été remportés par des françaises. Ce wagon-là m’a fait faire un beau voyage.
En 2006, le Master de Serre-Chevalier. En tant que compétitrice, je vivais l’évènement de l’intérieur et vraiment, j’en suis restée bouche bée, il n’y à pas d’autre mot. Cette ambiance de folie, grâce à l’écran géant, au mur exceptionnel, aux jeux de sons et lumières. Les compétiteurs ont eu l’impression d’être dans un autre monde, c’était époustouflant. Le public de SerreChe, allumé par Christopher, est le plus déchiré qui soit.
Evidemment, mon titre aux championnats d’Europe 2006 ne m’a pas laissée indifférente, mais ce fût trop furtif et sans ambiance.


Plus mauvais souvenir en compétition ?


En 2004, la résolution prise par les juges au championnat de France espoir de diff à Annecy.
En 2004 également, ma première coupe d’Europe à Genève, pour la pression que m’ont mise mes adversaires en isolement. Je n’ai pas réussi à dérouler une grimpe posée. En arrivant en bas, j’ai éclaté en sanglots, pour évacuer la pression. Malgré ma deuxième place, j’étais en colère contre moi de n’avoir pas pu m’exprimer.
Rien de tel que de progresser pour échapper à ces travers.


Quels sont tes objectifs pour cette année?


« Toucher » du 8c en falaise aussi naturellement qu’une autre cote, même si cette cote reste symbolique pour des féminines.
Faire quelques belles croix en 8b, à vue si affinité.
Avancer vers une place de podium sur le circuit senior.
Etre en phase pour les championnats du Monde Espoir et Senior.


Peux tu nous raconter brièvement ta plus belle voie en compétition ?


En compétition, je n’ai pas le souvenir d’une voie vraiment plus belle que les autres. Les ouvertures sont bridées par nature. Le plus audacieux des ouvreurs ne peut rivaliser la nature. Il reste que les voies de Serre Chevalier, « après travail » et « finale à vue » se distinguent des autres voies de compétitions. La longueur du cheminement et les comportements techniques proposés investissent beaucoup de concentration et de réflexion.
Sur la base d’un challenge compétitif, la voie ultime de Sykati à Kalymnos lors du Roc Trip 2006 m’a vraiment marqué par son ampleur : un voyage de 60 mètres en une seule longueur au milieu de stalactites et collos. Ma satisfaction n’est pas étrangère à l’émulation de tout un groupe de très forts grimpeurs redevenus de simples gosses le temps d’une folie sophistiquée dans un bout du monde.


Quand tu es partie dans une voie, quelles sont tes pensées, sur quoi base tu ta concentration ?


Je base ma concentration sur les 2m qui m’environnent et sur la perception de mon corps.


La musique est-elle une sorte de motivation à tes perfs ?


Dans un sens. A l’échauffement, en compet, je me mets la musique sur les oreilles. Cela me permet de m’isoler dans un autre monde, pour pouvoir me concentrer sur mes ressentis. Et quand je grimpe, j’ai par moment un air dans la tête.


Que penses-tu des prises Ocres, du grain ?


Elles m’ont accompagnée dés mes débuts en 2000. Dans ma salle de pan perso, très jeune, je me suis inventé des parcours en trois dimensions. Elles ont contribué à mon imaginaire. Je les apprécie à présent pour leurs technicités.


Que penses-tu de la salle de bloc « Les Arts de la grimpe » ?


Quand on ne dispose pas d’un tel outil d’expression, on ne peut que souhaiter avoir l’équivalent près de chez soi. Je ne connais cette salle que par son contest annuel. On y retrouve tous les principes volumiques qui font référence. Pour avoir pratiqué bon nombre de salle de bloc, cette salle m’offre et me règle mon compte à chaque visite.


Que penses-tu de ta structure d’entraînement ?


Depuis deux ans, je m’entraîne sur une structure me permettant d’approcher du niveau qu’impose la compétition internationale.  Sinon je suis contrainte de me déplacer beaucoup et loin pour diversifier mes supports d’entraînement.


Avec qui grimpes-tu principalement ?


Avec papa. C’est mon coach. J’ai la chance qu’il puisse m’accompagner dans ma progression.  J’apprécie aussi de croiser la route de grimpeurs très sympas et motivés sur site naturel, qu’ils soient novices ou très expérimentés.
Mes dernières expériences avec le regroupement de la FFCAM m’ont permis de renouer avec mes débuts sur grandes voies. J’ai apprécié la simplicité, la sincérité et l’engagement des grimpeurs avec lesquels j’ai partagé quelques moments de verticalité gazeuse. Je ne doute pas que nous partagions d’autres enjeux aussi durs, voire plus… mais beaucoup plus frais. N’y aurai-t-il pas des big wall en pays scandinaves ?


Bloc ou voie ?


Pour l’instant, la falaise dans une filière conti me procure l’essentiel de mes satisfactions. Mais très récemment, ma route a croisé une poignée de grimpeurs dont le style sur croûtes exigeantes a su retenir mon attention et me séduire. Je m’y découvre des capacités sans que pour autant ce soit une besogne de bourricot.
Par ailleurs, je ne me sens pas du tout complexée par le bloc et je n’écarte pas l’intention d’y évoluer avec les mêmes convictions.


Es-tu plutôt pour grimper à vue ou après travail ?


Sans contestation « à vue ». Ce qui m’importe n’est pas de disposer « des méthodes » mais le plaisir de les concevoir. Il faut faire preuve de patience et apprendre à en mesurer les effets. J’oriente mes perceptions et tous mes comportements techniques vers une économie de moyen physique. Chaque fraction de seconde gagnée par la patience me donne un peu plus de disponibilité pour concevoir la résolution suivante. La manière m’importe plus que l’objectif. Mon orientation actuelle du « après travail » dans les voies très dures est de gérer chaque mètre jusqu’à « stater » le moindre mouv. Il m’importe qu’une croix tienne à la maîtrise et la qualité plutôt qu’au hasard d’un improbable bourinage. Il m’arrive de retourner dans une voie, pourtant réussie, pour affiner un passage.


Ta falaise préférée?


Elles sont multiples. Plus particulièrement le Tarn, Kalymnos, St Léger, l’Espagne en général.
Ceci dit, en chaque caillou je peux trouver une motivation.


Penses tu que l'on pourrait organiser des compèts en extérieur ?


La formule du Roc Trip est la plus visionnaire et se suffit à elle-même : quand tu veux, où tu veux, autant que tu veux. Il reste qu’un challenge plus ou moins compétitif fixe un but à l’évènement  et fédère la motivation du public.


Comment vois-tu l’évolution de la falaise quand on voit des jeunes grimpeurs de 15 ans enchaîner des 8c ?


Tu dates un peu. Ptit « Jo », 12 ans, a enchaîné 8c... et il est français. Loin d’être une étoile filante, il a déjà une culture de la falaise. Je peux te dire que sa grimpe est d’une maturité qui retient mon attention. L’évolution la plus notable de la grimpe se fera en nombre par la jeune génération. Par les jeunes, le niveau de la pratique évoluera encore. L’histoire retiendra ce courant comme les précédents.
Les féminines ne sont pas en reste non plus. Les femmes accédant au 8c ont signé elles aussi en nombre une évolution ces deux dernières années.
Il reste à imaginer le courant suivant… Chris en a peut-être exprimé le contour : « la manière », à l’anglaise, sans point, sans travail possible. David imagine des grandes voies avec un équipement spartiate : les relais et les situations exposées. Leurs suggestions nécessiteraient de se mobiliser avec plus de réflexion et de connaissance de soi.
Après avoir hiberné au moins une décennie sur des murs de 20 à 40m, les big wall très dur, tout dans le 8e degré et plus,  peuvent aussi revenir comme une pratique séduisante de haut niveau.


Que penses-tu de l’évolution actuelle de la pratique en compétitions?


Aujourd’hui, les compétitions sont limitées dans leur créativité, privilégiant plus le muscle et le morpho que l’originalité technique. C’est encore plus vrai chez les hommes. Cependant, il faut constater que les meilleurs grimpeurs du moment en falaise se retrouvent au meilleur niveau en compétition, c’est que probablement le jeu et les principes compétitifs proposés les intéressent.
Pour démystifier un peu le sujet, on y retrouve, au plus haut niveau, une hiérarchie analogue à celle de n’importe quel club. Il y a autant de disparités.
La compèt me permet de pousser un peu plus loin ma curiosité et mon audace pour résoudre des énigmes verticales. Cependant, il lui manquera toujours la couleur, la matière, les odeurs et le cadre.


Quelque chose à rajouter, regret, remerciements, envies…


Merci aux personnes qui m’accompagnent depuis mes débuts : papa, Béal, Petzl, EB, Prana et les Arts de la Grimpe. Je remercie les organisateurs des évènements très visionnaires tels que les Roc trip et les Masters de Serre-Che ou Arco, tous les organisateurs de compétitions destinées aux très jeunes grimpeurs et tous ceux qui m’ont apporté leur sincérité. Tous ces acteurs ont contribué à construire mes motivations.
Aucun regret, ni à l’endroit des gens pour, ni à l’envers des gens contre. Cela me permet de savoir pourquoi j’apprécie les uns…


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